16 avril 2008

Interview donnée par Jessica sur tf1.fr

Une proposition de loi contre l'incitation à l'anorexie vient d'être adoptée.

Deux ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende, c'est ce que risquent aujourd'hui les sites internet, blogs, publicitaires qui provoqueraient "une personne à rechercher une maigreur excessive"

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25 février 2008

Tu peux sortir de table

9782213634746g L’anorexie dérange. Minimisée, elle ne serait qu’un effet pervers de la mode et de la publicité. Dramatisée, elle devient l’expression de tendances suicidaires. Mais, derrière la faiblesse du corps anorexique, rares sont ceux qui cherchent à déceler une éventuelle force d’âme.
Dans toutes les civilisations, pourtant, existent certaines pratiques ancestrales du jeûne et de l’ascèse auxquelles sont volontiers associées les vertus du courage et de la maîtrise de soi. Les anorexiques d’aujourd’hui en seraient-elles dépourvues ? Ne font-elles pas preuve d’une volonté hors du commun dans ce qui s’apparente à une quête de pureté ? Pourquoi réduire leur sensibilité à un caprice ou à l’envie d’en finir ?
J’ai enduré l’anorexie et je ne le souhaite à personne. Je confirme qu’il s’agit d’une pathologie, qui présente en outre de graves dangers. L’anorexie doit être vaincue. Mais elle ne pourra l’être vraiment que si ceux qui la combattent reconnaissent aux anorexiques leurs qualités spécifiques.

J.N.

24 février 2008

Plan du livre + extraits

PREMIÈRE PARTIE
AVANT

CHAPITRE I

Désir et secrets

Le bébé anorexique
Bébé boulet
La mort
Non-dits, trop de dits ?
Plaire

CHAPITRE II

Adolescence

L'effet d'entraînement : quels modèles ?
Le regard des autres
Revanche sociale ?

CHAPITRE III

Le rapport à l'autre

Peur de l'abandon
Table et conflit
Un cadre rassurant ?
Mensonges
Isolement

DEUXIÈME PARTIE
PENDANT

CHAPITRE I

Quelques constantes

Obsessions
Liquide
Le sens du défi
Ascèse
[EXTRAIT 1]

CHAPITRE II

Contre certaines idées reçues

La mode responsable ? [EXTRAIT 2]
Une démission ? [EXTRAIT 3]
Pulsion de néant, suicide à petit feu ?
Déni ?
Un refus de grandir ?
Un problème avec la mère ?
Et le père...
Et du côté du frère ?

CHAPITRE III

Tournez régimes

Lente descente aux enfers [EXTRAIT 4]
Des schémas répétés à l'infini...
ANA : une religion ?
[EXTRAIT 5]
Dangers physiques [EXTRAIT 6]

CHAPITRE IV

Objectifs, conscients ou inconscients

Un cri d'ado raffiné ? [EXTRAIT 7]
Le réflexe de survie
Adolescence à retardement
Un négatif créatif ?
Une identité propre
Régler son compte à la sexualité ?

CHAPITRE V

Autour d'elle

Gêne générale et culpabilité
Déstructuration de la cellule familiale
Non-assistance à personne en danger ?

TROISIÈME PARTIE
APRÈS - MARQUÉES À VIE ?

CHAPITRE I

S'en sortir

Guérir ? [EXTRAIT 8]
Déclics
Lâcher prise
Rechutes
Prolongations

CHAPITRE II

Médicalisation

Structures
Isolement
Contrat de poids
Repenser l'hospitalisation ?
L'anorexique, médecin d'elle-même
À l'épreuve de la génétique

CHAPITRE III

L'heure des bilans

Créations d'anorexiques
Anorexie et écriture
Enseignements

Conclusion
Bibliographie

23 février 2008

Mesdames, souriez (presse)

" Souriez, miss Nelson, pour un coup d'essai, c'est réussi. "

Le Point

" Une incorrection drôle et excessive. "

Le Magazine littéraire

" Pertinent, sans artifice et sans longueur. "

Le Parisien

" Un roman drôle et corrosif. "

20 Minutes

" Une ambiance brûlante et un style aérien. "

Glamour

Mesdames, souriez (extraits)

Photographe bientôt professionnelle, il m'arrive aussi de servir de modèle lors de défilés organisés par des amis stylistes. Cela me plaît moins que de réaliser les clichés, mais j'aime marcher en hauteur et me payer le luxe d'ignorer un parterre qui a les yeux rivés sur moi. Je flotte et mon corps se transforme en nuage, j'observe de loin et je rêve, sans rancune. À ces gens, je ne dois qu'un long pas mécanique ou dansant, une silhouette absente. J'offre un fantôme, une forme éthérée, et je me sens libre. Défiler me permet en outre de gagner un semblant d'indépendance, de ne pas ponctionner mes parents en permanence, de me parer d'étoffes qui étanchent ma soif de paraître.
p.55

Je prête une oreille distraite aux prévisions. Sur les recommandations de ma mère, experte en étés brésiliens, j'ai acheté un ventilateur. La canicule ne m'effraie pas : d'expérience, je sais mon corps capable de supporter les fortes variations de température. Rien de plus facile que de ne plus penser à ce fichu corps. Ne me suis-je pas astreinte à l'oublier pendant les longues années où ma mère m'a appris à danser ? J'aimais la voir évoluer sur le parquet et entre les barres et, si je détestais les exercices, les ampoules, les courbatures et les privations, je m'y soumettais avec bonheur pour lui plaire. Je rêvais de ressembler à cette princesse aux cheveux corbeau, lointaine et impériale ; j'enviais les amandes sombres de John et Clayton et maudissais mes globules honteusement bleus.
p.71

24°C à peine en ce milieu d'après-midi. 3 juillet. Régulièrement, je prends la résolution de ne plus abîmer mon corps. Fumer moins, dormir davantage, me remettre à la gym. "Tu n'as qu'un corps ! " rappelle ma danseuse de mère. Prendre soin de moi ? Mais au fond pour quoi, ou pour qui ? Ma peau est toujours belle. Elle ne se gâtera qu'après trente ans, et ce n'est pas à trente-cinq qu'on rencontre l'homme de sa vie ou qu'on défile sur les podiums pour payer les factures d'EDF. Vers quarante ans tout s'achève ; la beauté trébuche et ne se relève pas. Mais je serai derrière l'objectif, nul ne verra les dégâts. Je n'ai pas envie de me contraindre, de faire attention. Plus agréable de brûler son capital jeunesse tout de suite. Je continuerai donc à m'affamer, à griller mes Vogue et à boire, à me cogner contre les meubles ; les bleus s'incrustent, ma peau est un peu sèche, diaphane. Qu'importe : la mode est au sadomasochisme, et l'évanescence me sied.
p.80

Nous n'échangerons pas un mot pendant les minutes qui suivront. Je prends un gant. Le pommeau, du savon. Je nettoie lentement, consciencieusement, cette carcasse couverte de trop de souffrances ; je me persuade qu'il s'agit de mon corps projeté dans le futur, qu'il n'y a pas à avoir peur. La merde disparaît peu à peu, même si elle envahit mon esprit. Je frotte, pli après pli, je la rince longuement, je la sèche, je lui enfile un pyjama propre et parfumé. Je la raccompagne à sa chambre, pas à pas, prenant soin d'éviter la merde sur le sol, les portes et les tapisseries.
p.119

Comment lui expliquer que la mort me semble être un processus normal, un passage dans la nature des choses. Mais en aucun cas une fin. Ce qui me fait peur, c'est de vieillir... Dégénérer, dépendre, dérailler. Les trois "d", et leurs interminables déclinaisons : détraquée, dérangée, délaissée... De ne plus me ressembler. Sa réponse me confond : "Parce que tu te ressembles, depuis trois ans, ma pauvre? Ou tu es bien cachée, ou tu as beaucoup changé..." Il ne reconnaît plus mon visage, gonflé par la rancune. Tout comme ce corps que je nourris à peine. J'ai réessayé le bikini que je portais l'an dernier au Brésil, je flotte dedans. Les côtes saillent, les os du bassin aussi. Face de lune, jambes coton-tiges. "Tu cherches à lui ressembler ou quoi ? Tu as vu ce que tu as avalé au dîner? Ne recommence pas à accuser la chaleur... Tu te flétris ! Tu crois que tu seras comme maman, quand t'auras son âge ? À ce train-là, n'y songe même pas... Tu te fais du mal, Loulie, tu t'assèches..." Il est dur et juste. Sincère et concerné.
p.191

Le matin, il me faut quelques minutes pour me convaincre que je suis seule à occuper les lieux, où je réapprends à respirer... Ma colonne vertébrale s'est redressée et j'ai dû gagner un bon centimètre. Également récupéré un peu de poitrine (ce doit être grâce au déliement des poumons), un peu de fesses. Cela ne me réjouit pas, pourtant, et je ne jette pas un coup d'œil à ma glace. Si quelque chose est tombé avec les températures, ce doit être une part de cette orgueilleuse autosatisfaction d'étudiante croqueuse de vie et de succès. Le corps est à la fois tout et si peu : belle mécanique à huiler avec soin, à aimer. S'y attacher pour mieux s'en détacher et voguer.
p.200

J'ai dans les cheveux une traînée de neige et je me surprends, malgré cette sensation du corps qui s'échappe à tout jamais, à la trouver étrangement lumineuse.
p.207