Michel Rocard
Les agences de bassin, ces petites merveilles de machinerie démocratique, ont bien failli disparaître avant même d'avoir vécu.
Un rapport de la Cour des comptes les jugeait coupables de tous les maux : trop coûteuses, inefficaces, contraires, même, à la démocratie. Ne prélevaient-elles pas des redevances (des impôts) que le Parlement n'avait pas votées ? Le ministre concerné décida leur fermeture.
Heureusement, Michel Rocard, alors chef d'un petit parti de gauche, le PSU, est battu aux élections législatives de 1973. Ayant perdu son siège de député, il retourne dans son corps d'origine, l'Inspection des finances. À ce titre, on lui demande de diriger la mission chargée de clore ces agences.
Après enquête, Michel Rocard et sa brigade concluent... qu'il ne faut sous aucun prétexte toucher à ces chefs-d'œuvre administratifs.
Il aura été entendu. Les agences sont toujours là, et leur fonctionnement imité sur tous les continents.
L'eau ne quittera plus Michel Rocard. Cinq ans plus tard, il deviendra maire de Conflans-Sainte-Honorine, sur les bords de Seine, haut lieu de la batellerie française. Dès lors, il n'aura de cesse qu'on prête attention à la navigation fluviale. Devenu Premier ministre, c'est lui qui va ressortir des cartons le vieux projet de liaison Seine-Escaut. Il bataille ferme contre le ministère des Finances, lequel ne veut pas voir les perspectives de développement qu'ouvre un tel équipement.
– Vous savez qui sont ces gens-là ? Des comptables de la pire espèce, des obsédés du court terme ! Des assassins de poules aux œufs d'or !

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