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novembre 2007

30 novembre 2007

Les chiffres de Livres Hebdo

Dans son numéro 709 du 9 novembre 2007, Livres Hebdo publie en page 8 un tableau récapitulatif des ventes des principaux prix littéraires de 2000 à 2006, basés sur des statistiques Ipsos déjà maintes fois contestées. Il crédite La Possibilité d'une île de Michel Houellebecq, prix Interallié 2005, de 177 800 exemplaires vendus, alors que l'ouvrage s'est vendu à plus de 300 000 exemplaires.
Compte tenu de cette stupéfiante obstination à divulguer des chiffres faux, nous mettons au défi Ipsos et Livres Hebdo de venir vérifier dans nos locaux les relevés de droits versés à l'auteur sur les ventes de l'édition courante de son ouvrage, et de publier ensuite en encadré dans Livres Hebdo le rectificatif correspondant.
À moins qu'avec sa bonne foi habituelle, Livres Hebdo pense que les éditeurs versent plus de droits aux auteurs qu'ils ne leur en doivent pour le seul plaisir de " gonfler " leurs chiffres de ventes ?

26 novembre 2007

Interview de Jacques Attali

Attali

9782213631981-V1)Pourquoi avez-vous choisi d'écrire la biographie de Gândhî ?
2)Qui était véritablement Gândhî ?
3)Quel fut le rôle de sa mère ?
4)Quelle fut sa première humiliation ?
5)C'était un homme d'une curiosité immense...
6)Quels étaient ses rapports avec l'empire britannique ?
7)Comment a commencé son combat ?
8)Comment était-il perçu par les différentes communautés indiennes ? Quelles causes défendait-il ?
9)Quelles étaient les zones d'ombre du personnage ?
10)Vous citez cette phrase de Romain Rolland : " La religion de la non-violence n'est pas seulement pour les saints, elle est pour le commun des hommes. " Pouvez-vous la commenter ?
11)Pensez-vous que Gândhî soit le leader révolutionnaire le plus important du XXème siècle ?

23 novembre 2007

Stéphanie Hochet, l'auteur de Je ne connais pas ma force, a vu This is England, film de Shane Meadows.

8799 Pour en savoir plus, voir le site web de Stéphanie Hochet.


This is England traite, comme votre roman Je ne connais pas ma force, d’un adolescent qui adhère, un temps, à l’idéologie d’extrême droite. Cette coïncidence thématique entre votre livre et ce film sortis quasiment en même temps, cette circulation des idées, est-elle agaçante ou réconfortante pour un écrivain ? Dans ce cas, se sent-on dépossédé de son sujet ou conforté dans l’idée qu’il est d’actualité ?

Je n’ai jamais été inquiétée par la proximité des sujets traités par les autres artistes. D’ailleurs, il n’existe peut-être pas tant de sujets au fond, et tout le monde va se servir à ces sources. Ce qui est important ce sont les manières de les aborder. Tant mieux si chacun capte et retranscrit quelque chose de son époque. C’est la diversité des points de vue qui est intéressante. Les questions traversent notre époque comme les virus voyagent dans l’air. Shane Meadows, le réalisateur de This is England, a été sensible à la question des dérives de la jeunesse (d’abord la sienne), à l’embrigadement, et c’est un thème que j’aborde aussi dans Je ne connais pas ma force. La différence principale entre le film et mon livre, c’est que Karl Vogel, mon personnage, n’est pas un « suiviste », c’est un doctrinaire, il crée ses théories à partir de sa propre perception de l’Histoire. J’avais quasiment terminé d’écrire mon roman quand le livre de Jonathan Littel est sorti ; là aussi on peut dégager des thèmes communs, la fascination pour le nazisme traitée du point de vue du « bourreau » (mon personnage ne passe pas à l’acte, mais de justesse), la question du choix devant le mal, l’importance du terreau familial qui amène le personnage à préférer l’enfermement idéologique, la ratiocination doctrinale, ce cadre étroit qui lui permet de lutter contre son sentiment d’infériorité, les ratages de son passé. Je me suis réjouie de l’accueil que la critique a réservé à ce roman, audacieux dans sa thématique, fort et nécessaire. J’ai aussi pensé que puisque la brèche était ouverte mon livre allait paraître sous les meilleurs auspices.


Le réalisateur Shane Meadows a largement communiqué sur l’aspect autobiographique de son film ; à l’inverse, vous vous êtes appuyée sur un cas de pedo-psychiatrie. Qu’y a-t-il de personnel dans l’histoire de Karl Vogel, votre personnage ? Quels débordements de votre propre adolescence avez-vous voulu transposer dans cette histoire? Par ailleurs, avez-vous eu le sentiment que le réalisateur touchait des points sensibles que vous ne pouviez percevoir, n’ayant pas expérimenté ce genre de dérive ? Au contraire, avez-vous eu confirmation de vos intuitions d’écrivain ?

Karl Vogel, comme certains personnages de mes précédents romans, me ressemble jusqu’à un certain point, mais il a franchi une frontière que je n’ai fait que contourner. Il incarne des possibilités que je n’ai pas réalisées. Qu’a-t-il expérimenté dans sa chambre d’hôpital qui se rapproche de ce que j’ai connu ? Les expériences excessives de l’adolescence : la solitude, la douleur, la flagornerie, la jouissance, le mépris, etc. Tout ce qui frappe l’être humain à cet âge et le construit. Il en retire une volonté d’indépendance qui sonne comme la conclusion paradoxale de ses arguties. Je me reconnais là, ainsi que je reconnais mon dégoût pour la pitié, la forme laide de la compassion. Je sais aussi ce que signifie grandir dans un environnement politisé, la façon dont on « récite » facilement ce qu’on a entendu depuis des années, ces leitmotivs qui créent des liens avec le reste du clan, et comme il est violent de s’en extraire. Je n’ai jamais connu le genre d’expériences qui marquent Shaun Field, le jeune héros de This is England : je n’ai jamais appartenu à un groupe, qu’il soit politique ou pas (d’ailleurs Karl méprise le grégarisme et je partage son avis), mais peut-être que dans certains moments de faiblesses, je me serais laissée pervertir, qui sait ? Je n’ai pas la prétention de me dire que j’aurais eu la force de résister à ce qui me choque aujourd’hui. Shaun, le héros de Meadows, se désolidarise du mouvement nationaliste au moment où il assiste à une bastonnade d’une violence écoeurante, pas avant.

L’œuvre de Shane Meadows s’inscrit dans le cinéma de type « réaliste » à la Ken Loach, il rapporte une expérience difficile qu’il puise dans un contexte social. Ma démarche est différente puisque j’ai tenu à extraire mon personnage de son environnement familial, je l’ai « interné » dans un lieu mixte où évoluent toutes sortes de gens (malades ou pas, médecins, jeunes et vieux, riches et pauvres etc.). Par ailleurs, si la trame du roman m’a été inspirée par un manuel de pédopsychiatrie, l’histoire telle que je la raconte est traversée par toute une gamme de fantasmes, fruits des délires du héros. J’étais plus intéressée par les raisonnements qui amenaient Karl à l’action, que par l’action elle-même. On pourrait donc dire que ma démarche est l’inverse de celle du réalisateur.

    Le film se penche sur le racisme ordinaire dans un contexte social précis, de misère financière et morale. Vous avez vécu à Glasgow dans les années 80, vous avez été témoin de ce genre de scènes, est-ce que peu ou prou des images de cette période de votre vie ont nourri votre roman ?

J’ai rencontré des gens ouvertement racistes et une forme de misère sociale différente de la nôtre, cela me rend sûrement sensible à certains thèmes. Cette expérience n’a pas nourri mon roman, c’est moi qu’elle a transformée – la « transformation » est du reste un sujet que je trouve fascinant qu’elle soit mentale ou physique, je l’aborde dans d’autres de mes romans. La lecture d’Orange Mécanique de Burgess m’aura tout autant marquée : le goût de la rébellion et la violence du jeune Alex était sûrement en toile de fond dans mon inconscient quand j’écrivais. Karl est obsédé par la musique de Wagner qui semble le pousser à agir, à détruire, tout comme Alex était « porté » par Beethoven.

    Votre personnage est, pour sa part, indifférent au monde qui l’entoure. Il rejette la communauté adolescente et la famille. Il est solitaire, imaginatif et mutique. Karl a quinze ans, il a une tumeur. Pourtant vous souhaitiez qu’il n’inspire aucune compassion au lecteur. Lui-même rejetant toute forme de pitié pour s’en sortir.


Est-il l’exact opposé du héros de This is England ?

Shaun Field est un être fragilisé par la mort récente de son père durant la guerre des Malouines, il est malmené à l’école par des élèves plus âgés que lui. Mon personnage se sent anéanti par l’absence de regard paternel, il est faible et plein de ressentiment envers son frère qui semble incarner les valeurs idéalisées dans sa famille. A priori, voilà quelques points communs de départ. Et puis, la violence de certaines idées les séduit, l’un et l’autre versent dans l’idéologie d’extrême droite avec conviction. Pourtant Karl est très différent de Shaun. Comme je le disais plus haut, Karl est un doctrinaire, il a entendu parler d’idéologie politique (d’extrême gauche) toute son enfance, il s’est passionné pour les grands conflits mondiaux, c’est un féru d’Histoire. Il est le personnage mentalement actif par excellence. A défaut de se défendre physiquement – rappelons qu’il est cloué sur son lit d’hôpital, souffreteux et amaigri –, il organise son système de pensée. Il a une véritable influence sur les autres adolescents de son entourage, il convainc, séduit, exclut, et sort de sa maladie grâce à l’activité de son cerveau, aussi pestilentielle soit elle. S’il pratique une forme de haine de soi, c’est de la haine de son passé qu’il s’agit – il tente de chasser loin de lui l’être en demande qu’il a été, sans pourtant y parvenir vraiment. Il fuit la pitié dans laquelle il perçoit un danger : celui de l’affaiblissement total et, à terme, de la mort.


    Votre personnage ne s’appuie pas vraiment sur une idéologie, en tout cas il la réadapte à sa situation – un adolescent gravement malade, hospitalisé, qui veut dominer son corps en passant par la manipulation de ceux qui l’entourent, la sélection des faibles et des forts, etc. –, et se forge une théorie qui lui est propre. On ignore même si sa thèse du surhomme est un pur fantasme ou un vrai programme de nuisance. Cette singularité de Karl Vogel, le fait qu’il n’est pas un produit de la société mais entièrement responsable de sa pensée, ne le rend-il pas à la fois plus universel et parfaitement odieux ? Pensez-vous que le lecteur puisse être embarrassé par une impossible identification à ce personnage ?

L’idée de départ était de créer un personnage qui « réinvente » le fascisme, et le pratique à sa manière. Je comprends que cette idée soit inconfortable, puisqu’elle sous-entend que les préjugés d’exclusion peuvent s’appliquer à n’importe qui : les boucs émissaires changeraient, mais la petite mécanique de la mise à l’écart serait toujours la même. J’irais même plus loin : on peut voir en Karl Vogel un fasciste de gauche, indifférent à la question des races, mais solidement déterminé à édicter des principes qui iront contre le genre humain dans son ensemble – j’ai mis l’expression « sociaux traîtres » dans sa bouche – et le hisseront au rang des grands idéologues.Il s’appuie sur les références au Führer (haine du faible, obsession des valeurs viriles) mais s’entiche de son infirmière sénégalaise… Il est en effet à la portée de tout le monde de fonctionner comme lui, d’adopter ce style de pensée, c’est en cela que Karl Vogel touche peut-être un atome d’universalité.

Les deux personnages, celui du film et celui du roman, sont des repentis, si j’ose dire. C’est implicite dans le film, explicite dans Je ne connais pas me force, bien que vous ne précisiez pas comment Karl est sorti de ce trou noir. Vous vouliez donc écrire sur un passage à vide, une parenthèse sulfureuse dans la vie d’un individu lambda. Pourtant, à vous lire, on a le sentiment que Karl Vogel ne sera jamais aussi raisonneur, intense, intéressant que durant cette période. N’est-ce pas un peu ambigu ?

Voilà le paradoxe. C’est au pied du mur qu’il déploie ses possibilités. La tumeur au cerveau est presque un élément symbolique, la tache noire, le nid de la névrose.


    Avez-vous conçu cette fin réconfortante : Karl Vogel réchappant de sa tumeur au cerveau et de cette idéologie malfaisante, pour rendre l’histoire plus supportable ? Afin, en quelque sorte, d’épargner la sensibilité du lecteur ?

3536406_2Je ne cherche jamais à épargner le lecteur, ce n’est pas ma conception de la littérature. J’ai voulu qu’il soit question d’une époque de la vie de mon héros car je crois vraiment que nous passons par des phases dont nous tirons parti, aussi obscures soient-elles, et qu’au final, ces périodes ne nous ressemblent plus. Je ne suis pas une fervente des histoires qui finissent bien, je suis même plutôt tentée par le pessimisme.

 

A votre avis, pourquoi, votre roman et le film de Shane Meadows, finissent au bord de la mer ?
           Il faut peut-être y voir une allusion au sentiment océanique dont parle Koestler dans Le zéro et l’infini. Karl et Shaun se débarrasseraient ainsi de l’angoisse qui étreint les sociétés occidentales.

Nous, Alfred Jarry

Dans le Carnet du Monde du vendredi 9 novembre, on peut lire cette superbe annonce :
" Nous,
Alfred Jarry,
Sommes morts voilà cent ans et quelques jours, le 1er novembre 1907. "

NB : le 1er novembre, à Cracovie, le club Lokator organisait une présentation du " Surmâle ", dévoilait dans son jardin le monument " Cure-dents " et couronnait le tout par un repas d'enterrement pataphysique...
Cela devait être plus détendu qu'au Fouquet's.

15 novembre 2007

Les "banalisateurs"

Il faudrait tenir un répertoire des formules ostracisantes qui sont devenues le registre familier de certains qu'on étonnerait fort en les qualifiant de banalisateurs des phénomènes que recouvrent ces mots dont ils devraient se montrer plus parcimonieux.

Ces derniers jours :
- sur son blog, Christophe Barbier signale qu'après que l'Express eut évoqué le diplôme donc se serait prévalu à tort, selon certaine presse, la ministre Rachida Dati, il aurait reçu de l'entourage de celle-ci des menaces de voir son journal traité de " raciste " ;
- chez Guillaume Durand, Michel Onfray, s'adressant à Jacques Attali pour lui reprocher, à la tête de sa commission, de travailler " pour Nicolas Sarkozy ", a employé intransitivement le verbe " collaborer " ;
- chez Laurent Ruquier, Bernard Henri-Lévy, parlant de l'arrestation des membres de l'association L'Arche de Zoé par les autorités tchadiennes, dit qu'ils ont été l'objet d'une " rafle ".

(À suivre).

14 novembre 2007

Les prix et la littérature

En Espagne où il réside, Jonathan Littell, prix Goncourt 2006, déclare à El Paìs :
" Je ne crois pas que les prix aient quelque chose à voir avec la littérature. Ils ont davantage à voir avec la publicité et la marketing. "
À Paris, dans Le Monde du 3 novembre, dans le cadre d'une enquête sur les écrivains qui ont raté le Goncourt, Marc Lambron déclare : " Si détaché que vous soyez, vous êtes dans la seringue. Votre maison d'édition [Grasset, en l'occurrence] vous a tenu au courant jour après jour des négociations, des revirements supposés du jury... "
Tiens, des négociations : avec qui ?

12 novembre 2007

0%

Prolifèrent les essais de philosophie " à la portée de tous ". La philo allégée, somme toute, comme on le dit des laitages : zéro pour cent de matière grise.

08 novembre 2007

Fluidifions!

On ne dit plus " graisser la patte ", ni " verser un dessous de table ", ni même " arroser ", on dit fluidifier des relations (sociales, dans le cas de l'Union des Industries et des métiers de la Métallurgie), forcément avec du liquide.
Alain Rey, dont l'émission radiophonique fut supprimée il y a peu, aurait trouvé là matière à de beaux développements. Mais que les amateurs se rassurent : se substituant à la radio publique qui lui signifia naguère son congé, Fayard publiera au printemps les chroniques que lui inspire notre riche actualité et qu'il n'a pu lire au micro, mais qu'il continuera de tenir ainsi hors des interdits qui n'osent dire leur nom.

05 novembre 2007

Project publish

L'éditeur américain Simon & Schuster et le site Internet Media Predict, spécialisé dans les marchés prévisionnels, vont donc enfin trouver la recette destinée à satisfaire tous les contrôleurs de gestion des maisons d'édition : comment n'éditer que des livres qui se vendent. Il suffit de tester les synopsis ou les textes eux-mêmes sur le Net pour connaître l'opinion du marché avant même de répondre à sa demande. Plus besoin de comités de lecture, de directeurs littéraires. Superflus, la critique, la promotion, la publicité.
Mais, me souffle un économiste qui n'y comprend décidément rien, si les livres ainsi testés se vendent tous, comme c'est déjà la cas paraît-il chez Bernard Fixot, ils vont bien finir, le marché n'étant pas extensible, par se vendre moins ? Le pouvoir d'achat n'épousant pas la demande présumée, l'offre va devoir être régulée. Peut-être faudra-t-il dès lors soumettre en interne les projets à un comité de sélection, embaucher des spécialistes, en appeler même à leurs intuitions, risquer de se tromper, tabler sur la chance ?