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octobre 2007

30 octobre 2007

L'argent de l'agent

Mon collègue et ami Honoré-Gustave ne veut plus entendre parler des agents littéraires et, pour les dénoncer, se répand partout en racontant sa mésaventure avec l'un des plus fameux de la place :
" J'ai été de ceux qui ont mis le pied à l'étrier à Stanley. On a fait quelques bons coups ensemble. Mais terminé ! Il y a pas mal de temps, il me propose un beau projet d'un excellent auteur ; on se met d'accord sur le prix, les délais. À la signature, deux chèques sont établis : l'un à l'auteur, l'autre à l'agent du montant de sa commission. Des mois, des années passent. Délais non respectés. Intérêt du projet retombé. Réponses évasives. Réclamations non suivies d'effet. Lettres recommandées. Dénonciation du contrat. Et là, découverte sensationnelle : non seulement l'agent laisse tomber son auteur, mais il se déclare non responsable du non respect des engagements et refuse pour sa part de rembourser le chèque qu'il a encaissé à la signature. Inouï, non ? Les éditeurs doivent donc se le tenir pour dit : traiter avec Stanley, c'est faire affaire avec quelqu'un qui ne se reconnaît pas la responsabilité de mener à bonne fin les projets qu'il négocie. "

29 octobre 2007

Insomnies

Un ami bibliophile qui sait ma passion ravageuse pour l'œuvre d'André Brincourt, juré Renaudot, me signale la parution d'un recueil inédit d'essais (inédits ?) suavement intitulé Insomnies et la reparution simultanée de sa fameuse Parole dérobée. Tout cela le 7 novembre. À combien de jours du prix ?

25 octobre 2007

La Vie mentie

Mon libraire de quartier est furibond : " Le Claudel, roman le plus aimé des libraires ? On ne m'a pas demandé mon avis. Et s'il y a eu référendum, pourquoi ne pas dire : aimé de la majorité des libraires ? En précisant même si cette majorité est relative ou absolue ? Pour moi, Claudel est à son illustre homonyme ce que la cathédrale d'Évry est à Notre-Dame de Paris. Moi, mon roman préféré de la rentrée, c'est celui de Michel del Castillo, La Vie mentie.
– Si je répète ça dans mon blog, on va me prendre pour Sollers !
– Il n'y a pas de danger. "

23 octobre 2007

Trompeuses apparences

" Contrairement aux apparences, il n'y a donc aucun "narcissisme", mais au contraire une grande humilité lorsqu'il se cite lui-même tout au long du livre " (Pascale Amaudric, Le Journal du Dimanche, sur le dernier ouvrage de BHL).

22 octobre 2007

La Birmanie ne fait pas vendre

Dans le même mois de la " rentrée politique ", Hitler et Staline avaient fait la une de nos magazines d'actualité. Puis ont alterné David Servan-Schreiber et Bernard-Henri Lévy : comment guérir le cancer sans les cancérologues et comment achever la gauche en lui jurant fidélité. La pub a dit : la Birmanie ne fait pas vendre.

19 octobre 2007

Le retour de Modiano

Tous les journaux publient le même article que l'an dernier pour féliciter Modiano d'avoir écrit le même livre. Il y a un petit air de recyclage écolo ou d'éternel retour bouddhique dans cette ronde. Mon voisin de café découpe de même l'avant-dernière page de Paris-Match, jette le reste, y compris une chronique épatante de Béglé sur le dernier roman de Martin-Chauffier, et m'explique : - Je résous les mots croisés de Scipion que je me rappelle avoir faits il y a trente ans dans l'Obs et le Canard. Posé sur la table du bistrot, un cendrier jaune comme dans le dernier Modiano.

17 octobre 2007

Censure artistique

N'étant pas satisfaite de la teneur du livre de Claude Delay intitulé Giacometti, Alberto et Diego, l'histoire cachée, la Fondation Alberto et Annette Giacometti a interdit à l'éditeur d'utiliser toute illustration dont elle contrôlerait la reproduction.
A-t-elle étendu sa mise à l'index à tous les médias désireux d'évoquer l'exposition en cours et de citer les publications qui l'entourent ?
Toujours est-il que les journaux et périodiques reproduisant des clichés autorisés par la Fondation citent en bibliographie tous les ouvrages liés à l'exposition, sauf un : celui de Claude Delay, sur lequel elle a jeté l'anathème.
Bravo la presse !
Petites abdications aujourd'hui, demain grandes lâchetés.

Le mort et le vif

Rien ne se vend plus sans son supplément. Aujourd'hui, tel journal sans le tome XLIII de l'Encyclopedia sovietica, tel autre sans un CD d'Indemit, et mon hebdo sportif sans le maillot pur acrylique de l'U.S. Armentières, le magazine de ma compagne sans un nouveau vibromasseur et celui du petit sans un DVD de mangas nord-coréennes. Peut-être faudrait-il songer à vendre en librairie les nouveautés avec un invendu du même auteur, le mort supportant le vif ?

15 octobre 2007

Délibérations

Dans un restaurant huppé de l'Ouest parisien, un jury décerne un prix littéraire, à ce que croient discerner mes oreilles dans le discret brouhaha du service.
Une jurée, après avoir avoué que, les années passant, elle n'était plus sensible qu'à la simplicité, plaide pour un auteur dans le besoin : " Il m'a émue, je ne peux pas dire autre chose : il m'a émue. " À son pathos fait écho en bout de table une consœur posant à l'arbitre ès appellations contrôlées : " Ah ça oui, c'est de la littérature, c'est pas comme... "
Un serveur s'enquiert : " Le filet mignon aux pâtes fraîches ? " - " Ça m'a pris là ", fait la première jurée en s'empoignant le ventre à pleines mains.
On me propose la carte des desserts. Non, merci : un café, l'addition.

12 octobre 2007

Citation de saison

Hirsch m'a demandé de passer le voir : c'était pour me dire que les chances de Henri Thomas au Fémina n'étaient pas aussi fortes qu'on pouvait le croire. Il n'a que quatre voix sûres (Simone, [Germaine] Beaumont, [Camille] Marbo et [Dominique] Aury). Paraît-il que la duchesse [de la Rochefoucauld] fait campagne pour Hædrich dont le livre a paru chez Grasset où travaille maintenant Jean-Claude Fasquelle. On ne peut prétendre que la duchesse est quelqu'un qu'on puisse acheter : toutefois, en votant pour Grasset, elle consolide la position de son gendre dans cette maison, et ce n'est pas tout : Haedrich dirige Marie-Claire (je crois que c'est Marie Claire - enfin, un journal de ce genre) et il pourra commander à Solange [Fasquelle] des nouvelles qu'il lui paiera 200 000 francs [anciens].
Voilà les moeurs littéraires ! De même, l'an dernier, la publicité faite par Julliard au livre de Solange venait en remerciement de la campagne organisée par la duchesse en faveur d'Andrée Chedid, auteur Julliard, contre Mme Bellocq, auteur Gallimard. Il y eut alors six voix contre six, la décision étant emportée par la voix double de la Présidente.
J'ai essayé de convaincre Solange de parler à sa mère. Elle a deux réponses. Premièrement, Gallimard a trop de prix. Deuxièmement, elle-même n'a aucune influence sur sa mère (elle oublie l'histoire Chedid, qu'elle m'a elle-même racontée).
P.S. du 26-11 : La duchesse, en fait, vote pour Raymond Jean.